Ani Di Franco est une femme surprenante. La première fois que je l'ai rencontrée, c'est à travers cette vidéo de "32 flavors". J'ai vite compris que j'effleurais là le travail d'une artiste hors normes...
Cette auteur-compositeur-interprète améraicaine revêt, lorque l'on s'attarde sur son parcours et sur son oeuvre, une épaisseur artistique et militante que j'ai eu envie de fouiller ces derniers temps.
Née en 1970, militante féministe et progressiste, elle débute sa carrière en créant sa propre maison de disques, Righteous Babe Records, avec seulement 50 dollars, et enregistre ainsi son premier album, éponyme.
Déjà, avec des chansons comme "Talk to me now", "Lost Woman Song", ou "Rush Hour", elle dévoile une plume sans concession, une manière de phraser personnelle et, bien sûr, une voix et un jeu de guitare reconnaissable désormais.
Dès le départ, l'indépendance acquise avec la création de son label lui autorise une grande liberté artistique et de propos.
Mais c'est en écumant les routes et scènes immédiatement pour une longue tournée qu'elle se forgera son public, par bouche-à-oreille et sans le soutien des grands médias.
Appréciée des milieux étudiants et militants, auxquels l'engagement politique de la jeune musicienne parle tout particulièrement, elle se forge un public fidèle attaché à ses engagements et à sa poésie.
Et ce qui étonne, quand on
commence à fouiller dans son oeuvre, c'est son côté prolifique... Depuis la réalisation de son premier album éponyme en 1990, elle gardera un rythme quasi-constant d'un voire deux albums par an,
tout en menant des projets musicaux avec le musicien folk Utah Phillips, ou en collabornt sur des titres avec Prince, le rappeur Corey Parker sur "Swing", ou le saxophoniste Maceo Parker sur
l'album "To the teeth".
Si ces débuts marquent une certaine sobriété d'arrangements, basés principalement sur la guitare et la voix, elle n'a, tout au long de sa carrière encore en cours, cessé son exploration musicale, que ce soit à travers des sessions de cuivres très présentes sur "Little Plastic Castle", ou en travaillant un son et des atmosphères qui identifient clairement chaque album. Partant d'un folk rock assez brut, elle a effleuré le jazz, le reggae, le blues... Mais, tout autant qu'une artiste de studio capable de produire des albums fins et personnels, elle est aussi, et pour beaucoup, une artiste de scène, sans cesse sur les routes, seule avec sa guitare, ou entourée de musiciens fidèles.
"Alla This"
Son label, Righteous Babe Records (RBR), dont elle assure la direction, lui permet non seulement de produire ses propres albums de manire indépendante, tant sur le fond que sur la forme, mais aussi d'accompagner des artistes auxquels elle croit, sans tenir compte des effets de mode et sans subir de pression commerciale forte. RBR compte aujourd'hui près d'une vingtaine d'artistes confirmés, telles Anaïs Mitchell ou Erin McKeown.
Ouverte sur la société, ses tares et ses grandeurs, très attachée aux mots et au sens, elle se produit aussi régulièrement en tant que slammeuse-rappeuse, posant son regard aiguisé avec une manière bien à elle de faire claquer les syllabes. Son parcours indépendant, sa poésie et son engagement profondément à gauche, tant sur les questions raciales, sexuelles, que sociales, font d'elle une des représentantes des autres Etats-Unis, des tou-te-s ces américain-e-s qui, bien que vivant dans un des pays les plus impérialistes et libéraux du monde, cherchent à faire entendre un autre discours, et à créer des ponts avec d'autres résistances partout dans le monde.
Quand on y met un pied, l'univers d'Ani DiFranco est envoûtant, et on se rend compte qu'on en a pour des années. Des années de découvertes et d'envie renouvelée de créer sans cesse, à son exemple.
Pour la découvrir sur le net:
